Lycéens et radicalisation sous toutes ses formes

Les jeunes, toujours plus radicalisés, vraiment ? Deux enquêtes publiés récemment tentent en tout cas d’expliquer ces tentations extrêmes. Et toi, qu’en penses-tu ?

« Terrorisme. » Depuis la mi-mars et les attentats dans le sud de la France, ce mot refait la Une des journaux. Ce qui frappe encore une fois, c’est la jeunesse du terroriste. Coïncidences : plusieurs chercheurs ont justement publié des enquêtes sur le sujet à quelques jours d’intervalle.

La « tentation radicale » des lycéens

Dans un livre publié début avril 2018, les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland tentent d’évaluer non pas le passage à l’acte violent mais « le degré d’attractivité des idées radicales, religieuses et politiques, sur la jeunesse ». Pour cela, ils ont transmis un questionnaire à 7000 lycéens français et le résultat peut inquiéter… Un lycéen sur trois ne se serait pas senti concerné par la minute de silence après les attentats de Charlie Hebdo ; sept sur dix pensent que les médias n’ont pas dit toute la vérité sur ce sujet et beaucoup croient aux théories du complot.

Chaque fois, les auteurs notent que les lycéens musulmans sont plus nombreux à avoir des tendances radicales. D’autres variables semblent le confirmer : d’après cette enquête, 81 % des lycéens musulmans considèrent que c’est « plutôt la religion qui a raison sur la question de la création du monde », contre 27 % des lycéens chrétiens. Autre pourcentage : 35 % des jeunes musulmans estiment qu’il y a « une seule vraie religion », contre 10 % des chrétiens. Même différence concernant la violence : 20 % des musulmans trouvent qu’on peut, dans certains cas, « combattre les armes à la main » : le double par rapport aux chrétiens.

Quelles conclusions en tirer ? Pour les chercheurs, il y a un « effet spécifique de la confession musulmane ». Mais attention notent certains de leurs collègues : le questionnaire a été distribué dans des quartiers sensibles, où les comportements radicaux sont plus élevés que la moyenne.

Les terroristes, des jeunes délinquants en difficulté : FAUX !

Deux autres sociologues viennent également de rendre un rapport au ministère de la justice. S’appuyant sur 18 mois de recherches menés auprès de 133 mineurs poursuivis pour des faits liés au terrorisme, Laurent Bonnelli et Fabien Carrié dressent quatre type de radicalité:

  • la radicalité apaisante. La conversion est perçue comme la recherche d’un cadre, une « quête spirituelle » qui permet aux jeunes la « mise en ordre de désordres familiaux ». Généralement, il n’y a pas de passage à l’acte chez ces mineurs ;
  • la radicalité rebelle. Les jeunes trouvent dans la radicalisation une manière d’exprimer leur colère contre leur famille ou la société, à travers des discours haineux ou de la violence sans organisation préalable ;
  • La radicalité agonistique. Là encore la radicalité est une forme d’expression de l’opposition aux institutions, mais se vit cette fois en bandes. Elle s’exprime par des provocations envers les policiers, l’apologie de terrorisme…
  • la radicalité utopique. Il s’agit de jeunes qui adhèrent fortement au discours djihadistes, tentent de partir en Syrie et participent activement aux projets d’attentats collectivement organisés.
Idée reçue n°1 : les terroristes sont d’anciens petits délinquants. Et non ! D’après le rapport, la majorité des jeunes « engagés », ceux qui versent dans la radicalité utopique, étaient au contraire des bons élèves. En rupture avec l’école ou leur projet professionnel, ils vont s’investir intellectuellement dans l’idéologie islamiste.
Idée reçue n°2 : les terroristes viennent de familles à problèmes. Pas forcément ! La majorité des jeunes « engagés » n’ont pas connu de conflits importants avec leurs parents et viennent de familles structurées.

 

Pour aller plus loin :

  • Est-ce que j’ai déjà été confronté à des personnes radicalisées, que ce soit sur le plan religieux, politique ou social par exemple ? Comment ai-je réagi ?
  • La radicalité n’est pas forcément mauvaise en soi : la Résitance ou la désobéissance citoyenne sont des formes de rupture qui ont fait avancer l’Histoire. Mais jusqu’à quel point peut-on s’opposer à la société qui nous entoure ? Une forme de violence, même symbolique, est-elle nécessaire ?

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